La gestion de patrimoine est-elle prête pour la prochaine génération d'investisseurs ?
Un bouleversement historique dans la répartition des richesses et de nouvelles attentes pourraient entraîner des changements durables dans ce secteur.
Un bouleversement historique dans la répartition des richesses et de nouvelles attentes pourraient entraîner des changements durables dans ce secteur.
Le secteur de la gestion de patrimoine est actuellement à l'aube d'une transformation majeure. L'arrivée progressive de nouvelles générations d'investisseurs, notamment les milléniaux et la génération Z, redéfinit les attentes vis-à-vis des institutions financières. Entre l'évolution des comportements, les nouvelles préférences en matière d'investissement et la transformation numérique, ces investisseurs pourraient bouleverser en profondeur les modèles traditionnels de gestion de patrimoine.
L'un des principaux facteurs à l'origine de cette transformation est le phénomène de transfert de patrimoine entre générations, souvent appelé « grand transfert de richesse ».
D'ici 2048, près de 83 500 milliards de dollars devraient être transmis à la génération X, à la génération Y et à la génération Z (Capgemini, 2025). Ce transfert massif de richesse signifie que ces nouvelles générations deviendront progressivement les principaux détenteurs de capital à l'échelle mondiale.
Pour les établissements financiers, les enjeux sont considérables. En effet, ces nouveaux investisseurs n'ont pas les mêmes attentes que leurs prédécesseurs et pourraient remettre en question les modèles traditionnels de relation client dans le domaine de la gestion de patrimoine.
Contrairement aux générations précédentes, les jeunes investisseurs semblent moins attachés aux institutions financières traditionnelles.
81 % des héritiers issus des jeunes générations prévoient de quitter l'établissement financier de leurs parents dans un délai d'un à deux ans après avoir hérité de leur patrimoine (Capgemini, 2025). Cette tendance montre que la relation de confiance qui se transmettait traditionnellement de génération en génération ne peut plus être considérée comme acquise.
46 % des milléniaux envisagent de changer de gestionnaire de patrimoine, contre seulement 13 % des baby-boomers (EY, 2025). Les jeunes investisseurs sont également plus enclins à faire appel à plusieurs établissements financiers à la fois.
Cette évolution témoigne d'un changement profond dans la manière dont les investisseurs choisissent leurs partenaires financiers.
Au-delà des relations avec les institutions financières, les préférences en matière d'investissement évoluent également. Les jeunes générations, en particulier, manifestent un intérêt accru pour les investissements alternatifs et les nouvelles classes d'actifs.
88 % des professionnels de la gestion de patrimoine constatent un intérêt accru pour les investissements alternatifs chez les jeunes générations par rapport aux baby-boomers (Capgemini, 2025). Cela concerne notamment le capital-investissement, les actifs numériques et certaines formes d'investissement thématique.
Les motivations d'investissement évoluent également. 50 % des investisseurs issus des jeunes générations déclarent avoir déjà réalisé des « investissements passionnés », c'est-à-dire des investissements motivés à la fois par un intérêt personnel et par la recherche de rendement (Capgemini, 2025).
L'intérêt pour les investissements durables ne cesse de croître. 68 % des investisseurs fortunés déclarent vouloir disposer d'une note ESG lorsqu'ils investissent dans des produits durables (Capgemini, 2024). Cette tendance s'inscrit dans une évolution plus large des attentes des nouvelles générations d'investisseurs, qui accordent une importance croissante à l'impact et à la transparence des produits financiers.
Enfin, cette transformation s'étend également à l'expérience utilisateur. Les nouvelles générations d'investisseurs, qui ont grandi dans un environnement numérique, attendent des solutions d'investissement plus intuitives, transparentes et accessibles. Le succès croissant des plateformes bancaires et d'investissement numériques reflète également cette évolution. En France, des chiffres récents montrent que les ouvertures de nouveaux comptes dans les banques numériques sont désormais environ deux fois plus nombreuses que celles dans les banques traditionnelles, ce qui souligne le fort attrait des services financiers axés sur le numérique. Les jeunes investisseurs recherchent également des outils personnalisés et à la pointe de la technologie numérique qui offrent un accès en temps réel aux informations financières et à des outils d'aide à la décision (Capgemini, 2025).
Dans ce contexte, la capacité des établissements financiers à exploiter les données, à fournir des outils d'analyse avancés et à offrir une expérience numérique fluide pourrait devenir un facteur clé de différenciation.
Au-delà des plateformes numériques elles-mêmes, la présence croissante de contenus financiers sur les réseaux sociaux influence également la manière dont les jeunes générations abordent l’investissement. En particulier, l’essor des influenceurs financiers (« finfluencers ») a suscité des inquiétudes chez les régulateurs. Ces acteurs peuvent influencer les décisions d’investissement, notamment chez les investisseurs plus jeunes et moins expérimentés, parfois sans fournir de conseils financiers réglementés. Les régulateurs européens ont récemment mis en avant ces risques. L’AEMF a notamment publié des lignes directrices encourageant une promotion responsable des produits financiers en ligne et mettant en garde contre les contenus d’investissement trompeurs (AEMF, 2026). Cette question est également abordée dans la stratégie en matière d’investissement de détail (RIS), qui vise à renforcer la protection des investisseurs de détail et à améliorer la culture financière.
L'émergence de ces nouvelles générations d'investisseurs représente à la fois un défi et une opportunité pour les sociétés de gestion de patrimoine. Si les attentes évoluent en matière de transparence, de personnalisation et d'innovation technologique, les principes fondamentaux de l'investissement (performance, gestion des risques et confiance) restent au cœur du choix d'un partenaire financier.
Pour les établissements financiers, le défi ne consiste plus seulement à gérer les actifs existants, mais aussi à repenser leur manière d'interagir avec une nouvelle génération d'investisseurs. La combinaison d'outils numériques, d'analyses fondées sur les données et de conseils personnalisés sera essentielle pour proposer des solutions d'investissement à la fois transparentes et en phase avec les attentes des clients.
L'analyse de portefeuille et les outils de diagnostic axés sur l'investisseur peuvent également aider les institutions à mieux comprendre les préférences des investisseurs, à justifier leurs choix de portefeuille et à renforcer la confiance dans le processus de conseil. Des solutions telles que SAFIR montrent comment la technologie peut aider les gestionnaires de patrimoine à offrir des expériences d'investissement plus transparentes, fondées sur les données et personnalisées.
Sources : Capgemini (2025). Rapport sur la richesse mondiale 2025 – Capgemini (2024). Rapport sur la richesse mondiale 2024 – AEMF(2026). Fiche d'information sur les « finfluencers » – EY(2025). Rapport sur la recherche mondiale en matière de patrimoine. – PwC (2023). La révolution de la gestion d'actifs et de patrimoine.